Fatima et le hoquet!!

 

Le hoquet, tout le monde sait ce que c’est : c’est quand on a une irritation du muscle diaphragme qui sépare le thorax de l’abdomen. Il est gênant et désagréable. Fatima vit avec le hoquet depuis plus d’un an. Juste après la reprise d’une césarienne qui avait été assortie d’une hémorragie.
A l’hôpital de Meknès, Bouchra, la sage-femme qui s’occupe des consultations, m’a demandé de faire passer une dame avant les autres femmes parce que celles-ci la regardaient avec étonnement, et parfois dégoût, dans la salle d’attente bondée. En effet, on ne peut pas ne pas remarquer Fatima, qui éructe et fait un hoquet toutes les minutes. Je suis tombé à la renverse quand elle m’a dit que cet état durait depuis plus d’un an. Elle m’a sorti une batterie d’examens qui montrent qu’elle n’a rien de spécial dans le haut de l’appareil digestif.
opération fatima
Personne n’a souhaité rattacher ce hoquet à l’intervention du petit bassin, bien que Fatima s’est plainte de graves problèmes de transit traités partiellement par des médicaments.
En principe, devant un patient présentant un diagnostic difficile, plusieurs médecins se rassemblent pour discuter de son problème afin de l’orienter et lui trouver une solution, et quand ça ne marche pas, on se creuse les méninges pour en trouver une autre. Dans un système déconstruit, on «joue» avec le patient en le ballotant de spécialiste en spécialiste et d’examens en examens. Ainsi, Fatima a été ballotée sans que son état ne s’améliore…
J’ai pris le numéro de Fatima, lui demandant d’arrêter toute médication et d’attendre mon coup de fil. J’ai consulté mon ami, le docteur Ziane, gastro-entérologue, qui a consulté à son tour un chirurgien coelioscopiste. Ils sont tous deux médecins privés sur Casablanca et ont accepté de s’en occuper avec moi à titre gracieux.
Fatima a vu les deux médecins. On lui a ensuite fait un bilan après qu’elle a été admise dans une clinique. Le lendemain, avec le docteur Elharichi, on a fait une cœlioscopie (intervention à ventre fermé) et découvert des accolements importants dus à l’hémorragie qu’elle a eue et qui peuvent expliquer l’handicap du hoquet. Quant à l’intestin, il collait fortement à l’utérus, ce qui provoquait ses constipations difficiles. Plus tard, vint le tour du docteur Ziane pour réaliser une coloscopie afin de vérifier le travail précédemment réalisé en cœlioscopie et éliminer un autre problème.
J’ai été content en fin d’intervention, et plus encore, quand j’ai appris qu’à son réveil, la malheureux hoquet avait disparu. Il fallait bien une collaboration à plusieurs compétences pour venir à bout des souffrances de cette femme.
Je n’ai pas pu faire ceci dans un hôpital public pour diverses raisons, tant sur le plan de la compétence que sur celui du matériel. Ce qui est décevant, c’est la fermeture des portes des CHU et des hôpitaux provinciaux aux compétences qui peuvent non seulement soigner les patients indigents, mais former les générations futures de médecins et chirurgiens. Mais ceci est un autre débat.